L'Indice européen de résilience numérique : septembre 2026

Date : 30 septembre 2026
Version du rapport : 2.1
Version EDRIX : 2.0
Communiqué de presse : Souveraineté numérique : les discours avancent, la France recule

Résumé

L'Indice européen de résilience numérique (EDRIX) note les 27 États membres de l'UE sur quatre piliers calculés à partir de données publiques : écosystème des développeurs, adoption par la base, résilience du secteur privé et résilience du secteur public. Cette édition de septembre 2026 est la deuxième sous EDRIX 2.0 et la première mesurée avec les mêmes piliers que la précédente. C'est donc la première que l'on peut comparer d'un trimestre à l'autre. Voir la méthodologie pour les sources de données et les étapes de normalisation.

Trois constats ressortent :

  • L'Allemagne reprend la première place à 7,59, devant la Finlande (7,40) et l'Autriche (7,38). Les trois premiers se tiennent en 0,21 point.
  • Presque tous les changements de rang viennent du pilier « secteur privé », qui note l'hébergement web, la messagerie et le DNS des 500 domaines les plus visités de chaque TLD national. La France (7e → 12e), la Croatie (10e → 13e), le Luxembourg (12e → 9e) et la Lettonie (11e → 8e) ont bougé sur ce pilier. Le Portugal (20e → 24e) est le seul à bouger sur un autre pilier : son score du secteur public est passé de 5,56 à 2,78.
  • Les grands sites européens continuent de migrer vers des fournisseurs non européens. Sur les 12 567 domaines mesurés en juin et en septembre, nous avons compté environ trois migrations vers un fournisseur non européen pour une dans l'autre sens.

Principaux résultats

Rang Pays EDRIX Juin Pilier(s) en tête
1 Allemagne 7,59 2e Adoption par la base (9,30) ; secteur privé de 7,85 à 8,95
2 Finlande 7,40 3e Adoption par la base (10 parfait) ; secteur public de 6,11 à 7,22
3 Autriche 7,38 1re Secteur public (10 parfait) et secteur privé (9,06)
4 Slovénie 6,60 4e Secteur public (10 parfait) ; secteur privé 8,41
5 Estonie 6,41 5e Écosystème des développeurs (8,94)

Le score de l'Autriche est presque inchangé (7,43 en juin) ; l'Allemagne et la Finlande l'ont dépassée. Sous les cinq premiers, un groupe intermédiaire de 6,23 (Hongrie) à 4,24 (Danemark) réunit 14 pays : Hongrie, Pologne, Lettonie, Luxembourg, République tchèque, Suède, France, Croatie, Pays-Bas, Chypre, Slovaquie, Bulgarie, Roumanie et Danemark. Les rangs 6 à 12 se tiennent en 0,32 point : un seul site officiel qui change de fournisseur peut déplacer un pays de plusieurs places. Huit pays sont sous la barre des 4,0 : Belgique, Lituanie, Espagne, Irlande, Portugal, Grèce, Italie et Malte. Le Portugal a rejoint ce groupe ce trimestre.

Le classement complet, pilier par pilier, figure sur la page d'accueil. Chaque pays dispose de sa propre page.

Ce qui a changé depuis juin

Neuf pays ont bougé de deux places ou plus :

Pays Juin Sept. Score Ce qui a bougé
Lettonie 11 8 5,88 → 6,21 Écosystème des développeurs +0,74, secteur privé +0,41
Luxembourg 12 9 5,79 → 6,11 Secteur privé +1,50, sur un petit échantillon (246 domaines .lu mesurés)
Belgique 23 20 3,79 → 3,80 Score inchangé ; le Portugal, la Lituanie et l'Irlande sont passés dessous
Suède 13 11 5,70 → 5,94 Adoption par la base +0,58, secteur privé +0,57
Espagne 24 22 3,75 → 3,77 Score inchangé ; le Portugal et l'Irlande sont passés dessous
Autriche 1 3 7,43 → 7,38 Secteur privé −0,19 ; l'Allemagne et la Finlande l'ont dépassée
Croatie 10 13 5,93 → 5,80 Secteur privé −0,50 : 11 grands sites en .hr ont déplacé leur hébergement web chez un fournisseur non européen, un seul a fait le chemin inverse
Portugal 20 24 4,28 → 3,69 Secteur public divisé par deux (5,56 → 2,78) : www.lisboa.pt a déplacé son hébergement web et son DNS chez un fournisseur américain
France 7 12 6,13 → 5,91 Secteur privé −0,67 (9,45 → 8,78)

Les scores des piliers sont normalisés (min-max) entre les 27 pays : le changement d'un pays déplace légèrement les autres. Trois changements de mesure s'appliquent aussi ce trimestre. L'échantillon du secteur privé est renouvelé à partir du dernier classement des sites les plus visités. La base de géolocalisation des adresses IP et des opérateurs réseau a été mise à jour. Davantage de passerelles de sécurité de la messagerie (Proofpoint, Mimecast) et d'opérateurs de transit américains sont désormais classés hors UE. Recalculée avec les règles de notation de juin, la France serait 11e au lieu de 12e : les changements de mesure n'expliquent qu'une petite partie des mouvements.

Migrations de part et d'autre de la frontière de l'UE. Pour les 12 567 domaines à fort trafic mesurés dans les deux éditions, nous avons compté chaque site qui a changé de serveurs en franchissant, ce faisant, la ligne entre un fournisseur européen et un fournisseur non européen :

Vers un fournisseur non européen Vers un fournisseur européen
Hébergement web 192 (dont 126 vers Cloudflare) 96
Messagerie 69 17
DNS 135 (dont 123 vers Cloudflare) 24

Le mouvement est le plus marqué en Roumanie, en Bulgarie, en Grèce et en Estonie.

Cinq observations structurelles

1. La République tchèque reste en tête pour l'hébergement privé domestique. L'échantillon .cz conserve un 10/10 parfait, avec MasterDC, VSHosting, CASABLANCA INT, CESNET et Seznam.cz comme principaux hébergeurs domestiques. La Slovaquie (9,72, avec SWAN, VNET et WebSupport) et la Hongrie (9,25) suivent. Même là, 32 % des domaines .cz mesurés sont hébergés par des fournisseurs non européens.

2. La Pologne conserve la plus forte part de navigateurs souverains de l'UE, 25,32 % (Firefox et Opera combinés), contre 24,36 % pour l'Allemagne et 20,47 % pour l'Autriche. Les deux premières ont perdu environ un demi-point depuis juin.

3. Quatre pays conservent un 10/10 parfait en résilience du secteur public : l'Autriche, la Croatie, la Roumanie et la Slovénie, sans changement depuis juin. Chaque domaine officiel sondé (chef de l'État, gouvernement, capitale) y est hébergé dans l'UE et opéré par un fournisseur européen. La Finlande progresse (6,11 → 7,22) ; le Portugal tombe à 2,78 après le passage du site de la ville de Lisbonne chez un fournisseur américain. Les 22 autres pays ont au moins un site officiel sur une infrastructure non européenne.

4. Le paradoxe néerlandais persiste. Les Pays-Bas ont la plus forte densité de développeurs par habitant de l'UE (5,66, normalisée à 10,0) et un score du secteur privé de 4,25, parmi les huit plus bas de l'UE. Sur les 489 domaines .nl à fort trafic mesurés, 58 % sont hébergés hors de l'UE, dont 56 % chez des fournisseurs sous contrôle américain : Cloudflare (19 %), Amazon (13 %), Akamai (10 %), Microsoft (6 %) et Google (3 %). Pour la messagerie, la part non européenne atteint 72 %. L'hébergement domestique qui subsiste est mené par SURF, Signet, Your Hosting et LeaseWeb. Le pays a le talent pour héberger ses entreprises chez lui. La plupart sont hébergées ailleurs.

5. Le paradoxe irlandais est structurel. L'Irlande est septième pour l'écosystème des développeurs (6,84) et à zéro en résilience du secteur privé. Sur les 489 domaines .ie mesurés, 80 % sont hébergés hors de l'UE, dont 75 % chez des fournisseurs sous contrôle américain et 3 % chez des fournisseurs britanniques. Dublin accueille les centres de données européens d'AWS, de Google et de Microsoft, si bien que les domaines irlandais tournent souvent en sol irlandais sous contrôle américain. L'indice note selon la société qui possède le réseau, donc cela apparaît comme une faible souveraineté même si les octets restent en Irlande.

Comment lire l'indice

L'EDRIX est un composite de 0 à 10, moyenne arithmétique de quatre scores de piliers, chacun étant lui-même normalisé (min-max) entre les 27 États membres. Un pays n'obtient 10 qu'en menant l'UE27 sur chaque pilier ; un pays n'obtient 0 qu'en se classant dernier sur chaque pilier. Un mouvement de moins de 0,2 point entre éditions doit être traité comme du bruit. Un mouvement supérieur est un signal réel, à examiner pilier par pilier.

Les quatre piliers se lisent ainsi :

  • Écosystème des développeurs : densité de la communauté de développeurs GitHub du pays rapportée à sa population.
  • Adoption par la base : somme de la part de Linux sur les ordinateurs de bureau et portables et de la part de Firefox et Opera parmi les visites humaines.
  • Résilience du secteur privé : évaluation de souveraineté de l'hébergement web, de la messagerie et du DNS des 500 domaines les plus visités du TLD national (hors marques non européennes).
  • Résilience du secteur public : évaluation de souveraineté des domaines officiels du pays (chef de l'État, gouvernement, capitale).

Voir la méthodologie pour les sources de données, les étapes de normalisation et la section d'historique méthodologique qui documente les changements entre EDRIX 1.0 et 2.0.

Éditions et archive

Chaque édition est archivée telle que publiée, avec son communiqué de presse :

Édition Rapport Communiqué de presse
Septembre 2026 (rapport 2.1, EDRIX 2.0) cette page 30 septembre 2026
Juin 2026 (rapport 2.0, EDRIX 2.0) Rapport v2.0 8 juin 2026, FRIX du 8 juin 2026
Septembre 2025 (rapport 1.0, EDRIX 1.0, cinq piliers) Rapport v1.0 4 septembre 2025

Les comparaisons avec l'édition 1.0 ne sont valides qu'après application des corrections rétroactives documentées sur la page méthodologie. L'historique du classement de chaque pays, y compris les études de 2010, 2020 et 2023 qui ont précédé l'EDRIX, figure sur la frise chronologique.