Souveraineté numérique : les discours avancent, la France recule

Le gouvernement multiplie les annonces sur la souveraineté numérique. Pourtant, entre fin mai et septembre, la messagerie d'ameli.fr, le site de l'Assurance maladie, est passée chez Microsoft. La France tombe au 12e rang de l'Indice européen de résilience numérique (EDRIX), contre le 7e en juin. Dans le volet français de l'indice, le FRIX, les startups de la French Tech Next 120 restent les plus dépendantes : trois sur 120 seulement sont entièrement hébergées en Europe.

Paris – 30 septembre 2026 – Pour diffusion immédiate – L'édition de septembre 2026 de l'Indice européen de résilience numérique (EDRIX) paraît aujourd'hui, avec celle de son volet français, l'Indice français de résilience numérique (FRIX). En un trimestre, la France perd cinq places dans le classement des 27 États membres : aucun autre pays ne recule autant. Depuis mars, les sept secteurs français suivis par le FRIX ont tous vu leur score baisser, administrations centrales comprises.

La France décroche : 12e sur 27

Avec un score de 5,91 sur 10 (6,13 en juin), la France passe de la 7e à la 12e place. C'est le plus fort recul du trimestre, devant le Portugal (4 places perdues) et la Croatie (3 places). La Lettonie, le Luxembourg et la Suède, qui progressent, la dépassent.

Courbe : parmi les 27, la France est 2e en 2010, 2020 et 2023 dans les études antérieures, puis 6e en septembre 2025, 7e en juin 2026 et 12e en septembre 2026.

Dans les études comparatives européennes qui ont précédé l'EDRIX (2010, 2020 et 2023), la France occupait le 2e rang. Les méthodologies ont changé d'une étape à l'autre, mais la direction ne fait pas de doute.

Le recul du trimestre vient du pilier « résilience du secteur privé » (9,45 → 8,78), calculé sur les 500 sites en .fr les plus visités. Parmi eux, 41 % sont hébergés par des fournisseurs sous contrôle américain. Pour la messagerie, 53 % dépendent de fournisseurs non européens.

L'État fait des annonces, l'Assurance maladie migre chez Microsoft

En avril, la Caisse nationale d'Assurance maladie, établissement public placé sous la tutelle de l'État, annonçait la migration de ses 80 000 agents vers les outils du socle numérique interministériel (Tchap, Visio, FranceTransfert). Entre fin mai et septembre, la messagerie de son site ameli.fr, l'un des plus visités de France, est passée de ses propres serveurs à ceux de Microsoft. Ses serveurs DNS relèvent de CSC, une société américaine. Seul son hébergement web reste en Europe.

Dans le même temps, l'État annonçait un plan de réduction de ses dépendances extra-européennes (9 avril), puis signait avec la filière un « Pacte numérique et IA » (10 septembre). « L'État ne peut plus se contenter de constater sa dépendance, il doit en sortir », déclarait le 9 avril David Amiel, ministre de l'Action et des Comptes publics. Depuis mars, le score FRIX des administrations centrales est passé de 93,3 % à 92,5 % ; celui de l'ensemble des sept secteurs, de 63,5 % à 62,8 %.

Startups et grands groupes, les plus dépendants

Les startups de la French Tech Next 120, sélectionnées et accompagnées par la Mission French Tech, un programme de l'État, forment le secteur le plus dépendant du FRIX. Leur score continue de reculer : 19,4 % en mars, 19,2 % en juin, 18,3 % en septembre.

  • 3 startups sur 120 seulement sont entièrement hébergées en Europe. 76 n'ont recours à aucun fournisseur européen pour leur site, leur messagerie ou leur DNS.
  • 93 % confient leur messagerie à des fournisseurs non européens : Google Workspace pour 69 % d'entre elles, Microsoft 365 pour 21 %.
  • 85 % de leurs sites web sont hébergés hors de l'UE.

Stéfane Fermigier, auteur de l'EDRIX, déclare :

« L'État sélectionne 120 startups et en fait la vitrine de la French Tech. Or, sur ces 120, 117 s'appuient sur des fournisseurs non européens pour leur site, leur messagerie ou leur DNS, et sept sur dix ont leur messagerie chez Google. Trois seulement ont tous leurs services en Europe. L'État leur accorde pourtant son label et son soutien sans poser la moindre condition de souveraineté. Nous l'écrivions en juin ; depuis, leur score a encore baissé. La règle tient en une ligne : pas d'infrastructure critique en Europe, pas de label. »

Les grands groupes du SBF 120 ne font guère mieux, à 29,9 %. Six sur 120 seulement sont entièrement hébergés en Europe. 73 % de leurs sites web sont hébergés hors de l'UE et 89 % de leurs messageries passent par des fournisseurs non européens, Microsoft 365 et la passerelle de sécurité américaine Proofpoint en tête.

Dans notre communiqué du 8 juin, nous fixions à ces deux secteurs un objectif réaliste : dix points de plus en dix-huit mois. Trois mois plus tard, la French Tech Next 120 a perdu 0,9 point et le SBF 120, 0,1.

Barres : pour le web, la part des organisations qui dépendent d'un fournisseur non européen atteint 20 % dans les administrations centrales, 73 % au SBF 120 et 85 % à la French Tech Next 120. Elle atteint 0 %, 89 % et 93 % pour la messagerie, 3 %, 50 % et 68 % pour le DNS.

À l'inverse, 32 des 40 administrations centrales sont entièrement hébergées en Europe. L'écart entre public et privé traverse les sept secteurs du FRIX :

Secteur Juin 2026 Septembre 2026 Évolution (points)
Administrations centrales 93,3 % 92,5 % −0,8
Enseignement supérieur & recherche 82,4 % 82,7 % +0,3
Villes > 30 000 hab. 77,3 % 76,7 % −0,6
Hôpitaux publics 72,7 % 71,9 % −0,8
Départements & régions 67,5 % 67,8 % +0,3
Entreprises du SBF 120 30,0 % 29,9 % −0,1
French Tech Next 120 19,2 % 18,3 % −0,9

Dans toute l'Union, sur les 12 567 sites à fort trafic suivis entre juin et septembre, on a compté environ trois migrations vers un fournisseur non européen pour une migration dans l'autre sens.

À propos de l'EDRIX et du FRIX

L'Indice européen de résilience numérique (EDRIX) est un indice composite qui mesure la capacité d'une nation à créer, déployer et utiliser la technologie de manière indépendante. Entièrement automatisé et rafraîchi chaque trimestre, il repose sur quatre piliers : écosystème des développeurs, adoption par la base, résilience du secteur privé, résilience du secteur public. Il a été publié pour la première fois en septembre 2025 et a connu une refonte méthodologique majeure en mai 2026 (EDRIX 2.0). L'Indice français de résilience numérique (FRIX) en est le volet français : il mesure l'hébergement web, la messagerie et le DNS de 964 domaines d'organisations françaises répartis en sept secteurs, en classant chaque fournisseur selon le pays du siège de sa société mère. Les outils internes (bureautique, travail collaboratif) ne sont pas couverts. Les éditions publiées depuis mars 2026 sont recalculées avec la méthodologie actuelle.

Le rapport complet, la méthodologie et le détail par domaine sont disponibles sur edrix.eu.

Contact

Stéfane Fermigier, auteur de l'EDRIX / Abilian SAS / Abilian Econ Lab
e-mail : sf@fermigier.com / sf@abilian.com